Francis Lalanne : L’égo qui joue son dernier Joker

Francis Lalanne : L’égo qui joue son dernier Joker

J’étais tranquillement en train de scroller sur Tiktok quand une performance artistique s’est soudainement démarquée du reste du flux.

Je croyais être dans ce genre de rêve insensé qu’on fait souvent nous autres, car je sentais que quelque chose n’allait pas…

Il y avait Francis Lalanne déguisé en Clown, entrain de défendre les opprimés contre le pouvoir en place.

Puis en reprenant mes esprits, il m’est venu une conclusion intéressante :

J’ai cru en un scénario onirique mais il n’y a rien d’étrange en réalité, il a toujours joué un rôle comique dans ses discours, mais cette fois c’est assumé.

Une mécanique, deux costumes

D’un côté, le Lalanne compatissant, la larme facile, le regard grave, le ton messianique, celui qui parle des enfants affamés comme on récite un passage obligatoire du catéchisme. De l’autre, le Lalanne Joker, grotesque assumé, théâtral, outrancier, qui croit dénoncer le pouvoir en singeant le méchant d’un film de super héro qu’il a dû découvrir la veille pour la première fois.

Dans les deux cas, il n’y a pas de rupture.
Il y a continuité de personnage.

Le message n’est jamais central. Ce qui prime, c’est l’occupation de l’espace symbolique. Être vu, être entendu, être identifié comme “celui qui ose”, peu importe sous quelle forme. Le clown triste et le clown menaçant sont les deux faces d’un même besoin : exister par le rôle.

L’erreur commune : croire à la sincérité parce que la cause est noble

C’est là que beaucoup se font piéger. On croit que parce que le sujet est grave, la posture est juste. On confond la légitimité d’un thème avec la lucidité de celui qui le porte. Or, la misère du monde n’excuse pas la théâtralisation permanente. Elle la rend même indécente.

Lorsqu’un individu ne peut plus s’exprimer sans se maquiller, sans forcer la voix, sans dramatiser l’émotion, il ne transmet plus une idée. Il joue un archétype. Et l’archétype est toujours plus rassurant que la pensée réelle, parce qu’il dispense de comprendre.

Cette logique apparaît encore plus clairement dans sa désolidarisation publique de certaines figures devenues médiatiquement infréquentables, comme Dieudonné. Non pas au moment d’un basculement idéologique clair, mais au moment précis où l’association cessait d’être socialement tolérable. Ce geste n’a rien d’un courage moral tardif. Il relève de la même gestion d’image que le reste. Lalanne ne rompt pas par fidélité à une vérité intérieure, il ajuste son masque pour rester audible. La cause importe moins que la réception. Ce n’est pas l’erreur qui est sanctionnée, c’est la mauvaise fréquentation.

Un produit typique de l’homme du XXIe siècle, incapable de soutenir une parole nue, obligé de se déguiser pour être audible, contraint de devenir un personnage pour ne pas disparaître dans le flux.

Morale de l’histoire

On pourrait presque remercier Francis Lalanne. En poussant la mise en scène jusqu’à la caricature, il rend visible ce que beaucoup vivent de manière plus discrète. L’égo moderne se réfugie derrière des causes, des indignations, des rôles socialement valorisés. Là où Lalanne enfile un costume, d’autres enfilent des justifications. Le principe reste le même : transformer une tension intérieure non assumée en posture extérieure acceptable. Son excès a au moins ce mérite, il révèle sans fard la stratégie ordinaire de l’égo contemporain : fuir l’attention réelle en se donnant une mission.

1 commentaire

comments user
Amy

« la stratégie ordinaire de l’égo contemporain : fuir l’attention réelle en se donnant une mission. »
Ce qui est dit dans cet article. Me conforte dans ce que je croyais, il y a des décennies, mais comme je n’ai pas su mettre des mots dessus à l’époque. Je suis restée dans mon ignorance. Car quand on sent les choses, sans pouvoir les expliquées, au bout d’un moment, on donne un coup de balai et voilà !
La confusion continue à régner, malgré soi.
Merci à vous de nous éclairer !

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